Nouvelles d'août 2014 - Rendez-vous de septembre 2014

Notre nouvel épisode :

Le violoncelle

Résumé des épisodes précédents :

« Un musicien, c’est un type qui parcourt la France de long en large avec pour 10 000 € de matos dans une bagnole à 700 € pour un cachet de 50 ». Je ne sais plus où j’étais allé chercher cette prétendue histoire drôle et ce n’était peut-être pas le bon moment pour la raconter à Lucile. Certes, elle riait mais son rire était un peu contraint : l’histoire la touchait de trop près. Au téléphone, sa voix trahissait la fébrilité, l’angoisse, l’impatience, l’appréhension... Lucile était à un moment important de sa vie : elle allait acheter un violoncelle.

La première fois que j’ai rencontré Lucile, elle était effectivement dans une vieille bagnole, place Velpeau, à Tours. Elle conduisait sa copine Romane, que je ne connaissais pas non plus, et qui m’avait été recommandée pour l’accompagnement musical de mon prochain spectacle. C’est finalement Lucile qui a accepté le contrat.
Le travail a avancé très vite, une réelle complicité s’était établie dès les premières répétitions. Lucile posait les notes justes, soulignant un passage, dégageant une émotion, créant un climat... J’appréciais également la pertinence de son regard, et c’est ensemble que nous avons mis en scène un premier spectacle : « Nouvelles de mon cru ». Puis un deuxième : « La corde sensible », après un changement de texte et une autre série de répétitions.
C’est à l’école primaire, en CE1, que Lucile a rencontré son premier violoncelle, ce qui ne l’a pas empêchée de poursuivre une scolarité très convenable, elle était en prépa Math Sup quand ses parents ont décidé d’intervenir :
« Enfin ma chérie! Réfléchis un peu, voyons ! Tu ne vas quand même pas faire ingénieure ? »
Et c’est ainsi qu’on devient musicien.
Lucile m’a confié un jour : « Le matin, je me réveille, je sais que j’ai au moins cinq heures de violoncelle devant moi et je suis heureuse... »
Heureuse, elle ne l’était pas ce jour-là.
C’était pourtant une bonne nouvelle que j’annonçais : une tournée, à la Réunion, au printemps prochain ! Mais la perspective était trop lointaine et l’heure était au tourment.
« De toutes façons, il faut que j’en change, tu comprends, pour l’instant j’ai le violoncelle de mon adolescence, un instrument de débutant. Mes professeurs et tous les copains musiciens me l’ont dit, il ne peut plus rien m’apporter, désormais, il ne peut que me tirer en arrière... »
Sans être musicien, on peut comprendre qu’un instrument ait ses limites : on ne confiait pas de péniche à Tabarly.
Lucile me parle alors de son prochain violoncelle : « La chance, c’est qu’un des meilleurs luthiers de France habite à 15 km de Tours ! Alors je vais le voir et j’en joue tous les jours... C’est un violoncelle exceptionnel ! Il est en train de naître... »
Lucile m’explique alors, et c’est plus difficile à comprendre pour un non musicien, que l’instrument et l’interprète se forment mutuellement, elle me parle des vibrations imprimées par l’artiste et qui traversent le bois, qui le structurent... Le musicien donne naissance à l’instrument autant que le luthier. Lucile est une jeune adulte, elle rencontre aujourd’hui le violoncelle qui l’accompagnera toute sa vie !
Hélas, rien n’est simple.
« Je savais bien qu’il faudrait en passer par là, et j’avais prévu un petit pécule... Je pensais mettre 12 000 € dans l’achat d’un instrument. Celui-ci en vaut 20 ! »
Lucile s’imagine encore qu’elle hésite mais il y a tellement d’enthousiasme dans sa voix qu’il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que, plus ou moins consciemment, la décision est déjà prise.
Voilà donc quelques milliers d’euros de dette qui vont peser sur le quotidien d’une jeune musicienne. Est-ce si déraisonnable de tant investir dans son instrument... de travail ?
J’en connais d’autres, de l’âge de Lucile, qui, eux aussi, engagent toute leur énergie et bien plus d’argent que ce dont ils disposent, pour vivre de leur passion. Je ne les plains pas (je les envierais plutôt...).
Cette conversation téléphonique date de juillet dernier et, depuis, je n’ai pas revu Lucile mais j’ai croisé son compagnon qui m’a confirmé que c’est fait : un nouveau violoncelle est entré dans leur vie. La prochaine représentation de « La corde sensible » vibrera, sans doute, de façon un peu particulière. Je l’attends avec impatience mais elle n’est pas au programme de ce mois de septembre. Heureusement, il y a Ionesco et je partagerai le plateau du théâtre de la Huchette à Paris avec Pauline Vaubaillon et Catherine Day pour les représentations de « La Leçon », du mardi 16 au samedi 20, à 20h (réservation au 01 43 26 38 99).

Où et quand le théâtre de la Fronde sortira-t-il de sa léthargie ?
« Le Rhinocéros » et « La Leçon » seront-ils associés en une même soirée ?
À quand la première de
« La bourriche » avec Philippe Boisneau (pêcheur de Loire), Jean-Marie Sirgue (comédien) et Bernard Charret (chef cuisinier) ?
Serge Rigolet va-t-il pouvoir bientôt réenfiler les bretelles de son accordéon ?
A quand
« La corde sensible » à la Huchette ?

Les huissiers les pourchassent ! Le succès les guette !
- Nos amis s’en sortiront-ils ?
- Bien sûr !
- Mais comment ?

Vous le saurez bientôt, en lisant « Les nouvelles de septembre » !
Vous en saurez un peu plus en surfant sur notre site : http//www.theatredelafronde.com (le site a été remanié, en profondeur : l'apparence est la même mais les rubriques sont plus faciles d'accès - en particulier nos chroniques - il va s'enrichir dans les semaines à venir).

Et beaucoup plus en venant assister à l’une de nos prochaines représentations.

À suivre...