Nouvelles de juillet 2014 - Rendez-vous d'août 2014

Notre nouvel épisode :

Les silhouettes

Résumé des épisodes précédents :

Chaque silhouette noire évoquait une victime, leur apparition marquait l’endroit d’un accident. C’était il y a quelques années, ça a duré quelques mois puis les silhouettes ont disparu des bords des routes. Aujourd’hui, souvent, elles sont remplacées par un bouquet de fleurs en plastique. Modeste bouquet, vif, coloré et tellement plus triste, qui ne doit rien, lui, au concept d’une agence de comm', à la commande d’un ministère... Derrière chaque bouquet c’est la tristesse des proches qui nous interpelle.

C’est pourtant bien ces noires silhouettes qui ont inspiré nos collègues du festival d’Anjou, et quand nous sommes arrivés au château du Plessis Macé pour la première du « Mariage de Figaro », ce sont d’autres silhouettes, blanches cette fois, qui nous ont accueillis. Il y en avait une dizaine, de chaque coté du plateau, curieuses silhouettes avec un triangle à la place du visage et un message d’alerte imprimé sur la poitrine : « Intermittent mort dans 16 jours ». Le compte à rebours avait commencé, nous étions à quelques jours de la mise en application des nouvelles règles du statut d’intermittent. Au sein de notre équipe il y avait eu une période d’atermoiements, nous étions partagés entre l’impatience de présenter notre nouvelle création et la volonté de faire grève pour manifester notre hostilité à ces mesures.
La précarité est consubstantielle du métier de comédien. On le fait par passion bien plus que par ambition. Que cette précarité soit un peu adoucie par le statut d’intermittent (si difficile à obtenir et à conserver), faut-il voir là un privilège scandaleux, propre à précipiter une société entière dans la faillite ? C’est ce qu’on a voulu faire croire, mais personne n’a été dupe, on sait, au contraire, que ce statut est un des éléments de la réussite de notre pays dans le domaine culturel et que cette réussite n’est pas négligeable en terme économique (7 fois les revenus de l’industrie automobile, dit-on). La lutte des intermittents n’est pas la réaction corporatiste de quelques privilégiés. Il y a aujourd’hui 100 mille contrats à durée déterminée qui relèvent des professions du spectacle, mais, en 20 ans, on est passé de 500 mille à 1,7 million de CDD. Il est là, le véritable changement : des milliers de gens qui croyaient avoir choisi la sécurité en faisant carrière dans d’autres secteurs vivent désormais dans la même précarité. En créant une brèche dans le système de solidarité interprofessionnelle, c’est l’ensemble de ces précaires dont on veut faire des exclus.

A la majorité, l’équipe du « Figaro » avait renoncé à faire grève, c’était trop difficile de nous priver de cette première rencontre avec le public.
Neuf cents personnes ont ovationné le spectacle.
Un peu plus tard, dans la nuit, le décor était en cours de démontage, les gradins étaient déserts... Les silhouettes blanches étaient toujours là mais sur chacune d’elles, le slogan avait été rayé. Le terme générique « intermittent » avait été remplacé par une profession précise. Ici, on pouvait lire « costumière », là, « responsable plateau », ou encore « ingé son », « régisseur lumière », « ripeur », « chef déco »... La situation de chacun apparaissait alors. Le mot « mort » avait été barré (trop excessif) mais sur telle poitrine on lisait « en reconversion », sur telle autre « cherche emploi », ou encore « en formation non rémunérée » et aussi « étudierait toute proposition » et même « envisage de poursuivre sa carrière à l’étranger »...
La fête avait été belle, ce soir-là, au festival d’Anjou, je suis content que nous ayons pu porter haut le verbe de Beaumarchais, mais aussi soulagé de voir ces étranges silhouettes qui surent exprimer tout le désarroi de nos professions.

Pas de « folle journée » avant le mois de novembre (le véritable titre de l’œuvre de Beaumarchais est : « La folle journée ou le mariage de Figaro »), guère d’activités au théâtre de la Fronde avant l’automne mais « La Leçon », l’inusable chef d’œuvre de Ionesco, qui se joue sans interruption du mardi au samedi, à 20h, au théâtre de la Huchette à Paris (réservation au 01 43 26 38 99), j’en serai l’interprète du 5 au 9 puis du 12 au 16 août en compagnie de Pauline Vaubaillon et respectivement Marie Cuvelier et Stéphanie Mathieu.

Où et quand « Le Rhinocéros » et « La Leçon » seront-ils associés en une même soirée ?
A quand la première de
« La bourriche » avec Philippe Boisneau (pêcheur de Loire), Jean-Marie Sirgue (comédien) et Bernard Charret (chef cuisinier) ?
Serge Rigolet va-t-il pouvoir bientôt réenfiler les bretelles de son accordéon ?
A quand
« La corde sensible » à la Huchette ?
La subvention de 1900 € a-t-elle été votée par le Conseil Général 37 pour le contrat de mission du théâtre de la Fronde ?
Faut-il en rire ou en pleurer ?

Les huissiers les pourchassent ! Le succès les guette !
- Nos amis s’en sortiront-ils ?
- Bien sûr !
- Mais comment ?

Vous le saurez bientôt, en lisant « Les nouvelles d'août » !
Vous en saurez un peu plus en surfant sur notre site : http//www.theatredelafronde.com (le site a été remanié, en profondeur : l'apparence est la même mais les rubriques sont plus faciles d'accès - en particulier nos chroniques - il va s'enrichir dans les semaines à venir).

Et beaucoup plus en venant assister à l’une de nos prochaines représentations.

À suivre...