Nouvelles de janvier 2014 - Rendez-vous de février 2014

Notre nouvel épisode :

Benito

Résumé des épisodes précédents :

Avignon n’est pas Aurillac ni Chalon, la ville fourmille de salles mais dans les rues les spectacles ne sont si courants. Quelques compagnies imaginent, quand même, des parades pour entraîner le public vers leurs tréteaux. Ce n’est pas si simple, il faut attirer l’attention sans faire trop de tapage, donner envie, sans déflorer... et aussi ne pas épuiser toute son énergie dans les rues, en garder un peu pour la salle (le festival dure trois semaines).
Ces années-là (1996-97), la plus belle parade d’Avignon, c’était moi ! Ou plutôt c’était Benito...

C’est Jean-Marie et Olivier, le père et le fils, qui s’y étaient attelés. Le premier était à l’époque professeur de production mécanique option décolletage dans un lycée technique, le second bijoutier. C’est dire si ces deux-là ont de l’intelligence au bout des doigts ! En quelques semaines, avec du grillage, de la colle, de la peinture et du papier, Benito voyait le jour dans un atelier du Lochois. C’était un magnifique rhinocéros grandeur nature !
Quelques esprits chagrins objecteront que quand on regardait les pattes de l’animal on voyait bien que c’était des pantalons de treillis prolongés de rangers. Admettons ! Mais je puis affirmer, par expérience, que quand un rhinocéros galope dans la foule, on ne lui regarde pas les pattes... On se sauve !

La farce a été très vite éventée et je ne pense pas que beaucoup d’infarctus pèsent sur notre conscience, mais je me souviens avec délectation de quelques jolis mouvements de panique. C’était l’époque des premières invasions de caméscopes et je n’oublierai pas les cris de cette grosse dame qui se sauvait en hurlant à son mari « ... Mais filme ! Filme ! Fiiiillmme !!! » ... et son cri se perdait dans la foule... Je n’oublierai pas non plus, cette scène surréaliste, un soir de juillet, place Pie, au cœur de la ville : Benito campé fièrement sur ses quatre pattes, bloquant, pendant de très longues minutes... un car de CRS hilares (ma compagne, Caroline, tenait le rôle des pattes avant de Benito, elle n’avait pas résisté à ce plaisir frondeur). Pour ma part, je me tenais aux côtés du rhinocéros de pacotille, habillé en tenue coloniale, comme Tintin au Congo, armé d’un bâton et d’un chiffon rouge, je faisais le cornac affirmant « N’ayez pas peur ! Restez calmes ! Je le maîtrise parfaitement ! » avec ce qu’il fallait d’angoisse dans la voix pour qu’on comprenne que la maîtrise était illusoire. On passa allègrement du surréalisme à l’absurde, un jour où, lors d’une parade, Benito frôla un jeune Avignonais. Le jeune homme n’avait pas vu venir la bête et, à son contact, il avait eu un réflexe de peur, il en était extrêmement vexé.

- N’ayez pas peur, jeune homme !
- Mais, euh, je n’ai pas peur. Je n’ai pas eu peur, d’abord !
- Allons, il ne faut pas avoir peur, voyons, il n’est pas méchant...
- Je le vois bien qu’il est pas... C’est que des conneries d’abord ! Je n’ai pas peur !
- Allons calmez-vous, voyons... Il n’y a pas de raison d’avoir peur. (baissant la voix) Tenez, regardez : c’est un faux...
- Té, je le vois bieng que c’est un faux !
- Alors vous voyez ? ce n’est pas la peine d’avoir peur, il n’est pas méchant !
- (hurlant) Mais Putaing ! Je n’ai pas peur ! J’en n’ai rien à foutre, moi, de vos conneries ! Je te dis que je n’ai pas eu peur !!!
- (de plus en plus doux et gentil) Allons calmez-vous, on n’a pas voulu vous faire peur, regardez c’est un faux, c’était pour de rire...
- Mais je le vois bien putaing' ! Que c’est que des conneries ! J’en ai pas peur moi de vos couillonnades ! J’ai pas peur moi ! J’ai pas peur...

Le dialogue a tourné en rond comme ça longtemps, ma gentillesse affectée le mettait hors de lui, le jeune bravache a fini par s’éloigner, honteux et furieux, assurant autour de lui à la foule surprise qu’il n’avait pas peur, qu’il n’avait pas eu peur, qu’il n’avait jamais peur... Je ris, encore aujourd’hui, à ce souvenir mais voilà qu’il m’évoque Maupassant plutôt que Ionesco : « La ficelle », une nouvelle tragique et dérisoire de Maupassant dans laquelle un vieux paysan meurt de honte pour avoir été surpris à ramasser un bout de ficelle... Est-ce que, par malheur, le jeune homme...? Allons, il était pétant de colère, de crétinerie et de santé ! A l’heure qu’il est, il a dû, depuis longtemps, oublier sa mésaventure. Je l’imaginerais bien parader, à son tour, en compagnie d’autres périssodactyles : les défilés ne manquent pas, ces temps-ci... Ces rhinocéros-là ne me font pas peur (enfin pas encore) mais je les trouve, quand même, moins drôles que mon brave Benito...
Il faudra attendre la mi-mars pour que je reprenne enfin mon spectacle « Rhinocéros ». En ce mois de la poésie, j’aurais, également, l’occasion de dire du Rilke, Hugo, Mallarmé, Starnaro, Nerval, Baudelaire, Lafontaine... Ça fera l’objet d’une prochaine lettre, pour l’heure, le théâtre de la Fronde fait relâche. Mais pas le théâtre de la Huchette ! J’y retrouverai bientôt Nicole Huc et Stéphanie Chodat, pour « La leçon » de Ionesco, du mardi 25 février au samedi 1er mars, à 20h, réservation au 01 42 49 27 97.

A quoi va ressembler le remplaçant de notre camion « Menuiserie » ?
« Le Rhinocéros » et « La Leçon » seront-ils associés en une même soirée ?
Que manigancent donc Philippe Boisneau (pêcheur de Loire), Jean-Marie Sirgue (comédien) et Bernard Charret (chef cuisinier) ?
A quand
« La corde sensible » à la Huchette ?

Les huissiers les pourchassent ! Le succès les guette !
- Nos amis s’en sortiront-ils ?
- Bien sûr !
- Mais comment ?

Vous le saurez bientôt, en lisant « Les nouvelles de février » !
Vous en saurez un peu plus en surfant sur notre site : http//www.theatredelafronde.com (le site a eu des petits soucis d’ordre viral mais tout est arrangé, aujourd’hui, il n’est plus contagieux et attend votre visite).

Et beaucoup plus en venant assister à l’une de nos prochaines représentations.

A suivre...