Nouvelles de mars 2012 - Rendez-vous d'avril et de mai 2012

Notre nouvel épisode :

Le jeu de cartes

Résumé des épisodes précédents :

On peut ne pas aimer les frontières et détester, plus encore, les aéroports. Celui de Borispol, à côté de Kiev, avait, dans les années quatre-vingt-dix, l’aspect engageant d’un blockhaus Stalinien « relooké » par Enki Bilal. On y patientait, bagages dans une main, passeport dans l’autre, sous le regard suspicieux d’aimables fonctionnaires des douanes ou de la police... Il valait mieux, alors, avoir la conscience tranquille... Ce n’était pas mon cas...

Je venais de passer trois semaines en Ukraine où j’avais travaillé à l’adaptation française et la mise en scène d’un spectacle. A cette époque, je peaufinais un rôle de mauvais garçon dans une revue de chansons réalistes. Pour donner plus de couleurs à mon personnage, j’avais imaginé de faire des tours de cartes à la façon d’un tricheur de poker dans les aventures de Lucky Luke. Je n’ai pas les doigts particulièrement déliés et ce n’est pas en pratiquant à ses heures perdues pendant quelques semaines qu’on devient un virtuose de la prestidigitation. Je parvenais, pourtant, à faire voleter les cartes réalisant des cascades assez spectaculaires. Mon mérite était mince : le jeu était truqué, un fil discret reliait les cartes entre elles.

Entre deux répétitions, je profitais des charmes de la ville et, en particulier, de ceux de la descente Saint-André qui est l’équivalent de notre rue Montmartre. C’est ainsi que je fis l’acquisition de quelques très modestes tableaux. Je savais qu’il était interdit d’emporter en fraude des œuvres d’art hors du territoire Ukrainien mais je me sentais l’âme d’un Malraux au petit pied (chacun sait que notre grand ministre de la culture a commencé sa carrière en pilleur de temples Khmers). Les tableaux étaient enveloppés dans une serviette de bain et placés au fond de la valise. Il en faut un peu plus pour déjouer un scanner.

- It’s picture ! affirmait le douanier.
- No it’s books. hasardais-je.
- Here is books and here is pictures ! Sur l’écran, la différence était aussi manifeste que ma mauvaise foi.
- Open your luggage ! ordonna le douanier.

L’ambiance était tendue, mon amie Olga qui m’avait accompagné et qui avait par avance (et par expérience) la terreur des autorités, osait à peine respirer. Je m’exécutai. La première chose qu’aperçut le douanier fut le jeu de cartes en haut de la valise, il s’en empara aussitôt et entreprit d’examiner les cartes une à une, s’attardant, perplexe, sur le fil qui les reliait. Je lui chipais le jeu.

- Let me show you.

Les cartes virevoltèrent... Cascades, éventail, farandoles... J’enchaînais les prouesses techniques comme si seule mon habileté pouvait me soustraire au goulag. Le visage sévère du douanier s’éclaira, il en oublia son anglais de cuisine : « Prima ! » s’écria-t-il. Il referma, lui-même, la valise, me la tendit en riant et je pénétrai fièrement dans la zone d’embarquement...

Pas de frontière, cette fois, entre Orly et Saint-Denis de La Réunion. Nous ferons le voyage le 23 avril prochain pour participer au festival Kom'idi de Saint-Joseph de La Réunion. Entre nos représentations (« Rhinocéros » et « Les Konkasseurs de Kakao »), celles des autres compagnies et, bien sûr, un peu de tourisme, je crains de ne pas avoir le temps de rédiger ma lettre d’avril et je préfère, donc, annoncer, d’ores et déjà, les rendez-vous de mai : le vendredi 11 mai à 20h30 nous jouerons « Les trous dans la couverture » d’après Jean-Pierre Chabrol, au théâtre de l’Asphodèle au Poinçonnet (36), réservation au 02 54 60 55 38. Le dimanche 13 mai à 17h, le théâtre de la Huchette se délocalise en Touraine, je reprendrai donc ma défroque de professeur pour jouer « La Leçon » de Ionesco avec Marie Cuveler et Valérie Choquard, à la Grange aux Dîmes à Fondettes (37) dans le cadre du festival des Printemps des Arts, réservation au 02 47 42 10 69. Je garderai la défroque et poursuivrai « La Leçon » à Paris cette fois, du 15 au 19 mai à 20h, avec Hélène Hardouin et Nicole Huc, réservation au théâtre de la Huchette : 01 43 26 38 99.

Les huissiers pourchasseront-ils nos amis jusqu’à La Réunion où ils participeront au festival Kom'idi ?
Jean-Marie Sirgue devra-t-il se laisser pousser la barbe pour le rôle de Tolstoï dans une mise en scène de Jean-Denis Monory ?
Comment s’est passée la première lecture publique de
« Capitaine Le Jan » chez « Isabeau de Touraine » à Loches ?
La salle « Meusnier-Tulasne » de Chédigny suffira-t-elle à accueillir tous les amateurs de tango qui vont se presser à la milonga du 14 avril et l’avant-première du spectacle
« Le silence après Bach », une création chorégraphique de Camille Dantou et Mickaël Cadiou sur « Les suites pour violoncelle seul » ?

Le succès les guette !
- Nos amis s’en sortiront-ils ?
- Bien sûr !
- Mais comment ?

Vous le saurez bientôt, en lisant « Les nouvelles de mai » !
Vous en saurez un peu plus en surfant sur notre site : http//www.theatredelafronde.com

Et beaucoup plus en venant assister à l’une de nos prochaines représentations (mais là... faut prendre l’avion).